Legrand.                                    55
jouait Lucile dans la Fausse Ridicule, opéra comique en un acte, de Panard et Fagan, et le principal rôle dans l'Esclavage de Psy­ché, opéra comique en trois actes, des mêmes auteurs. Avant la représentation elle prononça le compliment suivant, qui fut très-bien accueilli :
« Meffieurs,
« Mon étoile m'a deftinée au théâtre ; c'eft ma vie, c'eft mon élément, je ne puis m'en éloigner.
Air : Non, je ne ferai pas.
Il n'eft pas de plaifir, il n'eft pas d'avantage Qui puiffent me flatter comme votre fuffrage, Tout effort ne peut rien contre un penchant fi doux, C'eft le fort de mon fang de s'enflammer pour vous.
« Il ne faut donc pas s'étonner du parti que je prends aujour­d'hui ; on ne doit pas non plus m'en blâmer, tous théâtres font théâtres.
Air : Je l'aime, ma Claudine.
Par le zèle fincère Par le fidèle amour, Je demande et j'efpère De vous quelque retour. Mon cœur, j'ofe le dire, N'eft pas accoutumé Au rigoureux martyre, D'aimer fans être aimé.
« Voilà ce que j'ai à vous demander pour moi ', à l'égard de l'Opéra-Comique, il vous prie, Meffieurs, de ne pas l'abandonner dans un tems où il a befoin de vous plus que jamais, le terme qui lui eft prefcrit n'étant pas bien long cette année.
Air : Tant de valeur et tant de charmes.
Nos jeux ne feront pas durables, Nous n'avons que très-peu de jours. Puifqu'on les a rendu fi courts, Songez donc à les rendre aimables.